Est-il licite pour le musulman d’aller à la plage et de se baigner ?

Est-il licite pour le musulman d'aller à la plage et de se baigner

Est-il licite pour le musulman d’aller à la plage et de se baigner ?

Beaucoup de musulmans se posent cette question sans vraiment trouver de réponse claire et sourcée. Entre ceux qui disent que c’est totalement haram et ceux qui y vont sans se poser la moindre question, la vérité se trouve dans les textes. Cet article revient sur ce que disent réellement le Coran, la Sounna authentique et les savants sur la baignade, pour les hommes comme pour les femmes.

La natation : une activité encouragée par le Prophète ﷺ

Avant d’aborder la question de la plage, il faut rappeler un point que beaucoup ignorent : nager est une activité explicitement valorisée dans notre religion.

Le Prophète ﷺ a déclaré, dans un hadith rapporté par Al-Tabarani et Al-Nasa’i : « Toute activité qui n’inclut pas la mention d’Allah est une futilité, à l’exception de quatre : l’homme jouant avec son épouse, l’homme entraînant son cheval, l’homme marchant entre les cibles et l’homme apprenant à nager. »

Apprendre à nager est donc sorti par le Prophète ﷺ de la catégorie des futilités. Certains savants ont même évoqué son caractère recommandé (moustahab), notamment en tant que préparation physique utile. La question n’est donc pas de savoir si on peut nager, mais dans quelles conditions on peut le faire sans déplaire à Allah.

Les conditions fondamentales qui encadrent la baignade

En fiqh, le principe de base est la permission originelle (al-ibaha al-asliyya) : tout est permis sauf ce qui est explicitement interdit ou mène à une interdiction. Un lieu comme la plage n’est pas interdit en lui-même. Ce qui peut rendre sa fréquentation problématique, ce sont des éléments bien précis que les savants identifient clairement :

  • La préservation de la ‘awra
  • L’interdiction de regarder la ‘awra d’autrui
  • L’évitement des environnements de fitna manifeste

Ces points s’appliquent différemment selon que l’on est un homme ou une femme.

Quelles sont les règles de la baignade pour les hommes en Islam ?

La ‘awra de l’homme et ce qu’elle implique à la plage

En ce qui concerne les hommes, la ‘awra est définie comme la partie du corps entre le nombril et les genoux. Ces parties doivent être couvertes en présence d’autres personnes en dehors de l’épouse.

Cette délimitation repose sur des hadiths authentiques. Le Prophète ﷺ passa un jour près de Jarhad al-Aslami qui avait sa cuisse découverte dans la mosquée. Il lui dit : « Ô Jarhad, couvre ta cuisse, car la cuisse est une ‘awra. » Le hadith d’Abdullah ibn Ja’far rapporte également : « Ce qui est entre le nombril et le genou est une ‘awra. »

L’ensemble des savants s’accordent sur le fait que la ‘awra de l’homme va de son nombril à ses genoux. Il existe une divergence sur l’inclusion ou non du nombril et des genoux eux-mêmes, mais ce point ne change pas le cadre général.

Un homme peut donc se baigner à la plage à condition de couvrir sa ‘awra. Un short de bain descendant en dessous du genou, non transparent et non moulant, satisfait aux conditions du fiqh. Prenez votre maillot de bains halal, conforme à la sounnah sur le site de sarouel de bain.

Il est permis de porter un short à condition qu’il ne laisse paraître que les genoux, et qu’il ne soit ni serré au point de laisser apparaître les formes des parties intimes, ni transparent. Le slip de bain ou le short qui remonte au-dessus du genou ne satisfait pas à cette condition.

L’obligation de baisser le regard

La ‘awra n’est pas qu’une affaire de vêtements. L’homme a aussi l’obligation de baisser le regard (ghadda al-basar). Le Coran est explicite : « Dis aux croyants de baisser leurs regards et de préserver leurs parties intimes. » (Sourate An-Nour, 24:30)

Le Prophète ﷺ a dit à Ali ibn Abi Talib : « Ô Ali ! Ne fais pas suivre le premier regard par un autre, car seul le premier t’est permis. » (Ahmad, Abou Daoud, At-Tirmidhi)

Une plage mixte où des femmes portent des tenues légères est un environnement où le premier regard involontaire peut survenir, mais la suite ne l’est pas. Islamqa indique clairement qu’il n’est pas permis au musulman de fréquenter des endroits mixtes où règnent nudité et tentation, car cela revient à s’exposer volontairement à ce qu’Allah a interdit de regarder. C’est là que chaque homme doit s’évaluer honnêtement.

Les règles de la baignade pour la femme musulmane

La question est plus encadrée pour la femme :

La ‘awra de la femme

La tradition islamique considère que tout le corps de la femme est ‘awra, des cheveux jusqu’aux pieds, à l’exception du visage et des mains selon l’opinion majoritaire. Le Coran dit : « Qu’elles rabattent leur voile sur leurs poitrines et ne montrent leurs parures qu’à leur mari, leur père… » (Sourate An-Nour, 24:31)

La plage mixte : ce que disent les savants

Il n’est pas permis à une femme de se baigner sur une plage mixte, même si elle porte des vêtements pudiques. Quel que soit le vêtement qu’elle portera, il se collera à son corps avec l’eau et en décrira les formes. De plus, sur ces plages, elle sera inévitablement exposée à voir les ‘awras des autres.

Ce deuxième point est souvent négligé dans la discussion. La prohibition ne repose pas uniquement sur ce que la femme porte, mais aussi sur ce qu’elle est contrainte de voir autour d’elle. Les ulémas de la Commission Permanente pour la Consultance ont déclaré que la natation mixte entre hommes et femmes est une chose très condamnable et qu’il n’est pas permis de le faire. (Fatawa de la Commission Permanente, 17/49)

Islamweb rappelle également que ces plages mixtes n’ont pas un statut bien différent des hammams contre lesquels la Sounna met en garde, voire pire, puisque le degré de nudité y est bien supérieur.

Et le burkini ?

Le burkini a été présenté comme une solution permettant à la femme de se baigner en couvrant son corps. L’intention est bonne, mais les savants soulèvent deux problèmes concrets.

Le premier : la plupart des modèles sont moulants une fois mouillés, ce qui décrit les formes du corps et va à l’encontre de la condition que le vêtement soit ample et non révélateur. Le second, et le plus important : même parfaitement couverte, la femme reste sur une plage mixte où elle est exposée aux ‘awras d’autres personnes. Le burkini ne règle pas la question du lieu.

La solution licite pour la femme

Une plage ou piscine non mixte, ou un créneau réservé exclusivement aux femmes, lève une grande partie des objections des savants. Les savants recommandent d’ailleurs de réserver des créneaux distincts pour hommes et femmes comme solution pratique permettant de préserver la pudeur tout en pratiquant la natation. En Europe (malgré certaines oppositions), certaines piscines proposent de tels créneaux. Une femme qui se baigne dans ce cadre, couverte conformément à sa ‘awra, n’a aucun problème de ce côté.

Récapitulatif : puis-je aller à la plage ?

SituationHommeFemme
Plage non mixte ou créneau réservéPermis si ‘awra couverte (sous le genou)Permis si ‘awra couverte
Plage mixte, capacité à baisser le regardToléré selon certains savants, sous conditions strictesNon permis selon la majorité des savants
Plage mixte avec nudité manifesteNon permisNon permis
Natation en maillot de bain révélateur (slip, bikini)Non permisNon permis
Short de bain sous le genou, non transparentPermisSans objet
Burkini sur plage mixteSans objetNon suffisant selon la majorité des savants

Conclusion

Nager est une activité que le Prophète ﷺ a lui-même valorisée. Le problème ne vient pas de l’eau. Il vient du cadre dans lequel cette baignade a lieu, de la tenue portée et du regard. Chaque croyant doit évaluer honnêtement sa situation : est-ce que dans cet endroit précis, dans ces conditions précises, je suis en mesure de respecter ce qu’Allah m’a ordonné ? Si la réponse est non, alors chercher une alternative licite est une obligation, pas une option.

Sources : Islamweb (fatawa n°465409 et n°99589), IslamQA (réponses n°10224 et n°159926), Commission Permanente pour la Consultance islamique (Fatawa 17/49), hadith rapporté par Al-Tabarani et Al-Nasa’i sur la natation, hadith de Jarhad al-Aslami (At-Tirmidhi, Abou Daoud), hadith d’Ali ibn Abi Talib (Ahmad, Abou Daoud, At-Tirmidhi).

FAQ : Questions des musulmans sur la baignade

Tout ce que vous devez savoir

Ça dépend du modèle. La ‘awra de l’homme va du nombril aux genoux. Un short qui remonte mi-cuisse ne suffit pas. Pour être conforme, il doit descendre sous le genou, ne pas être transparent et ne pas être moulant. Ces trois conditions sont cumulatives.
Le sarouel de bain est un pantalon de bain ample qui couvre du nombril jusqu’en dessous du genou. Il n’est pas obligatoire d’acheter ce modèle spécifiquement. N’importe quel vêtement de bain qui remplit les trois conditions citées ci-dessus est valable. Le sarouel a l’avantage d’y répondre facilement par sa coupe.
Le burkini n’est pas un vêtement qui vient de la Sounna, c’est une invention commerciale récente. En tant que concept, couvrir le corps pour se baigner est une bonne idée. Mais dans les faits, la plupart des modèles deviennent moulants au contact de l’eau et décrivent les formes du corps, ce qui ne satisfait pas la condition d’un vêtement ample et non révélateur. De plus, porter un burkini sur une plage mixte ne règle pas la question du lieu. Le vêtement seul ne rend pas un endroit licite.
Si le créneau est strictement réservé aux femmes et qu’elle peut entrer sans être exposée à de la nudité, certains savants le permettent. La natation mixte est, elle, clairement interdite selon la Commission Permanente pour la Consultance islamique.
Le premier regard involontaire est pardonné. Mais s’attarder est interdit. Le Prophète ﷺ a dit à Ali ibn Abi Talib : « Ne fais pas suivre le premier regard par un autre, car seul le premier t’est permis. » (Ahmad, Abou Daoud, At-Tirmidhi). Si l’environnement est tel qu’il est impossible de tenir cette obligation, s’y rendre n’est pas permis.
Nager ne rompt pas le jeûne. Le compagnon Anas ibn Malik rapporte qu’il entrait dans un bassin pour se rafraîchir en jeûnant. Le seul risque est l’eau qui entrerait involontairement dans le ventre. Par précaution, éviter la plongée et les mouvements brusques reste conseillé.
Avant 7 ans, non. À partir de la puberté, les mêmes règles que pour les adultes s’appliquent pleinement. Entre les deux, il est recommandé de les y habituer progressivement.
Sur le fond, les conditions sont les mêmes. Ce qui change c’est l’environnement pratique : une piscine couverte offre plus souvent la possibilité d’un créneau non mixte. À la plage publique, l’exposition à la nudité est généralement plus difficile à éviter.

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